DONNA SUMMER - Interview - Penthouse France

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Une Aspiration, Un Style de Vie

July 8, 2019

DONNA SUMMER

J’ai chanté une chanson, tu as acheté mon disque, j’ai gagné de l’argent.

Donna Summer, 29 ans, est en grande partie devenue millionnaire grâce à un disque d’une durée de dix-sept minutes, qu’elle a enregistré en 1975 et dans lequel elle répète le titre “Love to love you, baby” dans des variations infinies. La chanson a tout de suite été adoptée comme l’hymne du phénomène disco qui venait de naître, et Donna Summer a été saluée comme la “déesse du sexe” du disco.

Née LaDonna Andrea Gaines, dans une famille conservatrice et pratiquante de Boston, elle a eu une enfance fort peu ordinaire, qui l’a néanmoins menée au somment de son art. En effet, entre son père boucher, et sa mère institutrice, elle a en plus cinq sœurs et un frère. Elle ne se souvient pas d’avoir vécu une seule époque de sa vie où elle n’ait voulu chanter. Elle a donc grandi en chantant du gospel dans son église locale, et en passant tout son temps libre à écouter Mahalia Jackson, Janis Joplin, Dinah Washington, les Supremes et Dionne Warwick. À l’école secondaire, elle est ensuite devenue membre d’un groupe de rock, puis est malheureusement tombée dans la drogue mais, à dix-huit ans, s’en est victorieusement sortie pour auditionner en vue d’obtenir le rôle de Melba Moore dans la comédie musicale “Hair” de Broadway. Elle a fait ses preuves et gagné sa place dans la compagnie pendant leur tournée européenne, a abandonné son rôle la douzième année, et a fini par rejoindre le casting de “Hair” à Munich, en Allemagne.

Elle est restée à Munich après la fin du spectacle, chantant dans des productions de l’Opéra populaire de Vienne, où elle a rencontré et épousé Helmut Sommer, un membre autrichien de la troupe. (Ils sont maintenant divorcés.) Elle a adapté et chanté des versions scéniques allemandes de “Godspell”, “Porgy and Bess”, “Showboat”, et le “Me Nobody Knows”. Elle a également fait partie des chœurs aux Musicland Studios, où musiciens et producteurs créaient un son sophistiqué, dominé par les synthétiseurs, appelé “Eurodisco”, et qui a fait son apparition aux États-Unis avec la communauté gay de la côte Est.

À Munich, elle rencontre Giorgio Moroder et Pete Bellotte, propriétaires du label Oasis. Elle a écrit et enregistré plusieurs chansons pour Oasis, dont, en 1975, la chanson de trois minutes “Love to Love you, baby”. Le label Oasis a ensuite été loué à Casablanca Records de Neil Bogart, basé à Los Angeles. Bogart a demandé une version de dix-sept minutes de la chanson et a continué de la promouvoir en encourageant les stations de radio à la jouer après minuit. Bogart l’a ensuite dirigée vers les différentes discothèques et Donna Summer est devenue célèbre. En une semaine, l’album s’est vendu à 40 000 exemplaires à New York, principalement dans les discothèques. Six semaines plus tard, 400 000 albums avaient été vendus.

Cette même année, Summer est retournée en Amérique, après une absence de huit ans, et a été interloquée lorsque des foules hurlantes l’ont accueillie à l’aéroport. Elle ignorait que l’album “Love to love you” était déjà numéro un dans les charts.  Cette gloire soudaine et explosive a presque provoqué une dépression nerveuse. Traumatisée par la frénésie et la nouvelle identité qui lui avait été imposée, elle a vécu des périodes d’effacement total, allant jusqu’à oublier son nom. Elle a aussi développé un ulcère chronique et s’est parfois retrouvée à l’hôpital pendant une semaine entière. Aujourd’hui encore, elle admet que sa plus grande peur est de perdre le contrôle d’elle-même, mentalement et émotionnellement.

Elle a ensuite enregistré deux singles et cinq albums qui ont été disques d’or sur le label Casablanca Records : “Love trilogy”, “Four seasons of love”, “I remember yesterday”, “Once upon a time”, et “Live and more”, qui est devenu disque “double platine”. Son dernier album, “Bad girls”, sort en avril. Elle a également fait ses débuts au cinéma dans un projet de collaboration entre Motown et Casablanca Records, “Thank God it’s friday”. En 1978, Donna Summer a collaboré avec un groupe appelé les “Brooklyn Dreams” lors d’une tournée de concerts aux États-Unis. Elle est tombée amoureuse et s’est engagée avec le chanteur principal du groupe, Bruce Sudano, vivant avec lui depuis presque deux ans maintenant.

Elle passe à présent la majeure partie de l’année à partir en tournées dans tous les États-Unis sous la direction de Susan Munao. Sa popularité s’est accrue, englobant toutes les catégories, de la foule totalement fan à Vegas jusqu’aux jeunes rockers. Elle est maintenant à la croisée des chemins en ce qui concerne sa carrière et n’est pas certaine de l’avenir de celle-ci. Elle envisage de faire un spectacle à Broadway, une version scénique de “Once upon a time”, son double-album basé sur l’histoire de Cendrillon, et elle pourrait être de nouveau attirée par un projet de film. Mais sa tâche la plus immédiate est de sortir de cette image confinée de “déesse du sexe disco”, le pur produit de la machine à disco de Munich.

Pour cette interview exclusive réalisée par Penthouse, Elliott Mintz a interviewé Summer à Los Angeles durant un bref répit lors de son programme de tournée. Ils ont commencé par parler de son image, le mythe contre la réalité de Donna Summer.

Penthouse : votre image est celle d’une séductrice super sexuée et très érotique. Y a-t-il une relation entre cette image et la “vraie” Donna Summer ?
Summer : je ne dirais pas ça. Je crois que je suis sous sexuée, en fait. Je suis sensuelle et très physique, c’est vrai. Je suis très érotique, mais ma sexualité existe à un niveau plutôt fantasmagorique.

Penthouse : quels sont vos fantasmes ?  

Summer : attendez une minute, ce n’est pas un spectacle gratuit !
Eh bien, je dirais que j’ai une incroyable capacité à fantasmer, vraiment. Je n’ai pas besoin de de choses tangibles pour pouvoir les imaginer, et donc j’aime beaucoup de choses parce qu’elles restent dans ma tête. Je crois que la plupart des gens ne réalisent pas ou n’utilisent pas assez leur potentiel pour fantasmer. Je pense qu’ils cherchent trop à réaliser leurs fantasmes – ils ne savent pas les apprécier simplement pour ce qu’ils sont. Mais en essayant de les rendre réels, ils se déçoivent et, par conséquent, tous leurs fantasmes deviennent cauchemars. Il faut juste admettre qu’il existe certains fantasmes qui ne peuvent pas être réalisés avec un autre être humain. Je parle de fantasmes pour le plaisir de fantasmer, des choses qu’on ne pourrait jamais, jamais ne faire de son vivant.

Penthouse : quels sont les vôtres ?

Summer : comment puis-je vous en dévoiler un que je ne verrais pas d’inconvénient à faire connaître au public ? Disons qu’en réalité, je suis très timide quand il s’agit des hommes. Je n’ai pas fréquenté beaucoup d’hommes dans ma vie. Maintenant, je peux me permettre à penser à ce que ce serait si j’étais vraiment la personne sur laquelle les gens fantasment quand ils pensent à Donna Summer. Je reçois toutes sortes de lettres qui stimulent cette fantaisie, qui me parlent des fantasmes et des rêves des gens, il y en a qui m’ont envoyé des peintures et des images. Vous ne pouvez pas imaginer ce que ces gens me disent ! Un gars était obsédé par l’idée de voir Raquel Welch faire l’amour avec moi… Oh, et Ann-Margret aussi.

Penthouse : si un fantasme est quelque chose qui n’arrivera jamais vraiment dans la vie d’une personne, quel pourrait être l’un des vôtres?

Summer : je pourrais par exemple m’imaginer dans une situation où je marche dans un couloir sombre pour me rendre sur le plateau de mon émission, et où quelqu’un me surprend là pour me faire l’amour.

Penthouse : n’est-ce pas censé être la version mâle-chauviniste du fantasme d’une femme ?

Summer : oh, je ne crois pas. Ce fantasme secret d’être violée fait partie de toutes les femmes parce que nous avons toutes été élevées de cette façon. Je ne dis pas que c’est nécessairement le fantasme de toutes les femmes, parce que je ne peux évidemment pas m’identifier à chaque femme. Mais j’aime savoir que quelqu’un est plus fort que moi. Je veux savoir que si je suis fatiguée, il y aura quelqu’un pour tenir le fort. J’aime savoir que je ne peux pas porter un réfrigérateur toute seule. Dieu ne m’a pas rendue assez forte pour ça.

Penthouse : vous préférez être dominée physiquement par des hommes ?

Summer : il y a des fois où je le suis… Absolument, à 100 pour cent. Et il y a des moments où je ne veux absolument pas être dominée mentalement. Quand je pense à l’agression, je pense à être agressée plutôt qu’à être l’agresseur.

Penthouse : avez-vous déjà eu une amante ?  

Summer : jamais. Et je n’en ai pas vraiment l’intention. Je dois dire que j’ai été draguée par beaucoup de femmes dans ma vie. Mais j’ai découvert que ce n’était pas l’une des choses auxquelles je voulais participer, en dehors du domaine des fantasmes.

Penthouse : cela vous dérange-t-il d’avoir une femme que vous considérez comme une amie attirée sexuellement par vous ?  

Summer : non, ça ne me dérange pas, tant qu’elle ne me touche pas. C’est une chose étrange chez moi, comme un tic ou quelque chose comme ça, mais je n’aime pas du tout qu’on me touche. Je trouve que c’est une violation de mon intimité quand les gens posent leurs mains sur moi.

Penthouse : d’où vient cette phobie, selon vous?  

Summer : je ne me sens pas en sécurité avec les femmes. Je suppose que ça vient de l’époque où j’ai commencé dans le show business, quand j’avais environ dix-huit ans. Je dansais et je chantais, et cela me mettait en contact avec beaucoup de femmes plus âgées ; pas des filles, mais des femmes, dans les trente, trente-cinq ans. Quand j’étais plus jeune, j’étais très active, toujours en mouvement. J’étais très, très mince et je me déplaçais en dandinant. C’était évidemment très séduisant pour les femmes.

Penthouse : ce même genre de mythe est-il à l’œuvre dans votre relation avec votre actuel petit ami?

Summer : mon compagnon est italien. Je le considère comme mon étalon italien, et je suis sûre que je suis sa déesse du sexe. Mais je ne pense pas que ses sentiments à mon égard aient quoi que ce soit à voir avec le mythe qui m’entoure.

 Penthouse : est-ce que l’alchimie a quelque chose à voir avec le fait que vous soyez noire et qu’il soit blanc ?

Summer : je suis certaine qu’il a fréquenté d’autres femmes noires et que l’alchimie n’a pas fonctionné comme cela fonctionne entre nous. J’ai également fréquenté d’autres hommes blancs, et l’alchimie n’était pas non plus au rendez-vous.

J’ai eu une fois un problème avec un de mes petits amis. Au moment de l’acte ultime, il est devenu absolument frénétique et n’arrivait plus à se ressaisir ; et tout d’un coup, j’ai vu sans ses yeux que j’étais redevenue pour lui une simple couleur et non plus une personne. J’ai tout arrêté et j’ai dit : « Attends une minute. Oublie ce que tu as appris dans le passé. Tu n’as rien à me prouver, je suis moi, une personne réelle, pas un mythe. Regarde-moi dans les yeux et fais l’amour avec moi, pas avec un mythe, parce que je n’en suis pas un. »

Penthouse : que pensez-vous du fantasme de certaines femmes blanches qui font des hommes noirs les meilleurs amants ?  

Summer : c’est la couleur, la texture des cheveux, l’odeur, la différence de toucher. C’est vrai qu’il est différent de faire l’amour avec un homme noir et un homme blanc. Mais c’est juste une différence de toucher. C’est purement esthétique. Je suppose que pour une femme blanche, le fait d’imaginer un homme à la peau noire et ce contraste entre leurs deux peaux est une stimulation. Je sais par exemple que j’attire les hommes blonds comme des mouches. L’un des membres de ma maison de disques qui voyageait en Europe avec moi m’a dit un jour : « Mon Dieu, je n’ai jamais vu de ma vie autant d’hommes blonds affluer autour de quelqu’un ! »

C’est le contraste, l’apparence. Mais, d’un point de vue purement sexuel, il n’y a pas de différence liée à la race. C’est juste un fantasme d’imaginer que le pénis d’un homme noir est plus long ou plus grand ou plus puissant ou quelque chose comme ça – excusez-moi d’être aussi technique.

Penthouse : savez-vous pourquoi vous êtes si populaire dans la communauté homosexuelle ?

Summer : pas vraiment. C’est drôle, mais l’un de mes tout premiers petits amis était homosexuel. Il ne le savait pas à l’époque, mais je l’avais toujours trouvé très sensible. J’ai toujours été attirée par les hommes homosexuels. Et parfois, je pense que mon attirance pour eux vient de mon côté maternel.

Penthouse : Donna Summer est maternelle ?

Summer : je pense que j’ai un caractère étrange qui peut être séduisant pour un homme qui n’aime pas vraiment les femmes “sexuellement”.

Penthouse : quel genre d’émotions ressentez-vous lorsque vous enregistrez ou jouez vos chansons et que vous devez exsuder toute cette sexualité ?

Summer : “Love to love to love you” a été abordée comme une pièce de théâtre, comme ce que j’imaginais pour un homme voyant sa femme pour la première fois, ou pour une femme voyant son compagnon pour la première fois. J’ai été moi-même dans cette situation. Il n’y avait rien à dire pour savoir que j’étais en extase sans même être touchée. Je respirais très fort en pensant que mon rêve était juste là, devant moi. L’ecstasy se présente sous plusieurs formes ; ce n’est pas seulement physique. Mais ma chanson évoquait des fantasmes physiques pour les gens. Mon jeu d’actrice était correct, et les gens croyaient l’histoire que j’étais en train de jouer.

Penthouse : vous voulez dire que vous avez soupiré, haleté, en simulant l’orgasme, sans jamais avoir de pensées à connotation sexuelle ?

Summer : je sais que ça a l’air drôle, mais durant l’enregistrement du disque, j’avais des pensées beaucoup plus romantiques que ce que le disque vous a fait croire. Vous savez, il y a des moments extatiques dans la vie qui sont physiques, qui sont comme un orgasme. Pour une mère, je pense qu’il y a des moments – toucher son enfant, réaliser que ce miracle est le sien – qui représentent véritablement l’extase.

Vous savez, ce disque a échoué deux fois en Europe. J’étais une Américaine claire et drôle qui faisait de la bonne musique européenne en Europe. C’était mon image. Ils n’ont même pas reconnu ce disque. Il est tombé deux fois dans le fond du classement du hit-parade avant de ressortir pour la troisième fois et d’être enfin hissé au sommet des charts. C’était hystérique. J’ai juste inventé la voix pour cette chanson. J’ai trouvé une niche dans ce marché du disque, la faille, et c’est comme ça que j’ai mis le doigt dans l’engrenage. C’était un gros engrenage, pas un engrenage ordinaire. Et ça m’a permis de m’éloigner de mes racines de Boston.

Penthouse : de quelle famille venez-vous ?

Summer : je faisais partie d’une famille de sept enfants. Je viens d’une famille noire de la classe moyenne inférieure de Boston. Mes parents ont travaillé très dur. Mon père avait trois boulots. Il s’est battu comme un fou pour conserver notre maison. C’était un vrai père dominant mais un très bon père. Il était boucher pendant la guerre, donc on avait toujours de la viande. Il était aussi électricien et concierge, et pendant son temps libre, il s’occupait des bâtiments. Il y a eu des moments où nous n’avions rien, mais mes parents ne nous ont jamais laissé tomber.

Il y avait des moments où mes amies venaient toutes à l’école avec de nouvelles jupes, de nouvelles chaussures, ceci et cela, et où moi je n’avais rien de neuf. Mais je ne les ai jamais enviées. J’ai toujours été un peu différente. Quand tout le monde pensait à se marier ou à parler du bal des débutantes, je me disais : « pourquoi suis-je différente ? Pourquoi je m’en fous de ces choses ? » En réalité, je m’en fichais parce que je savais que j’avais un but dans la vie.

Même enfant, je savais que j’allais devenir quelqu’un. Je veux dire que j’ai obtenu de la crédibilité dans mon petit magasin de quartier juste parce que tout le monde croyait qu’un jour j’aurais du succès. Je pouvais descendre et prendre tout ce que je voulais, et ils inscrivaient la somme sur une facture en disant : « tu seras célèbre un jour, tu pourras le payer ». Je crois que j’ai grandi avec une très bonne vision de qui j’étais, et de qui j’étais censée être. Je vivais dans un quartier très mixte : irlandais, italiens, catholiques, médecins, enseignants, étudiants, familles ordinaires, un véritable melting-pot.

Penthouse : avez-vous déjà été impliquée dans des histoires de drogue quand vous étiez jeune ?  

Summer : quand j’ai eu 16 ans, j’ai effectivement traversé une période au cours de laquelle je me suis droguée de façon assez conséquente. Ce fut la partie “Janis Joplin” de ma vie. À l’époque, je faisais partie d’un groupe de rock’n’roll, et j’étais la seule femme et la seule personne noire du groupe. J’étais également la chanteuse principale. C’était dans cette période psychédélique où tout le monde essayait et testait toutes les nouvelles choses, et je suis allée trop loin. Je suis finalement allée si loin que quand j’ai eu dix-huit ans, j’ai dit : « assez ! Dieu n’avait pas l’intention que je vive ma vie ainsi ! » Alors j’ai arrêté brusquement, après deux ans, et je n’ai jamais repris de drogue depuis. Mais maintenant, je suis exceptionnellement sensible à tout type de médicament. J’ai même du mal à prendre du Tylenol.

Penthouse : c’est aussi à cette époque que vous vous êtes initiée au sexe ?

Summer : j’ai fait l’amour pour la première fois quand j’ai eu 18 ou 19 ans. C’était assez décevant. Ça me rappelle les paroles de la chanson : « c’est tout ce qu’il y a ? » C’était vraiment une erreur. J’étais à Boston à l’époque, et je suis tombée follement amoureuse d’un homme qui était très spécial. Il était la sensibilité incarnée. Il était poétique, et j’étais bien plus que simplement amoureuse de lui – je me serais suicidée rien qu’à l’idée de ne pas pouvoir rester avec lui.

Quoi qu’il en soit, nous avons finalement rompu, surtout parce que je ne voulais pas coucher avec lui. J’ai dit que je ne voulais pas avant d’être mariée, bla, bla, bla, bla… J’ai été très très déçue, mais j’ai pensé que c’était peut-être ce qu’il fallait endurer pour rester avec quelqu’un qu’on aimait. Puis j’ai couché avec le boyfriend suivant avec qui je suis sorti. Je n’étais pas plus amoureuse de lui que du premier, mais j’ai pensé qu’il fallait peut-être que je le fasse, que c’était ce qui faisait grandir. En réalité, j’avais peur de le perdre, c’est tout. Mais j’ai été vraiment déçue.

Penthouse : êtes-vous heureuse actuellement dans votre vie ?

Summer : je suis toujours un peu dépressive. Toute ma vie se résume à du travail, et toujours du travail. Même quand je me détends à la maison, quand je joue du piano ou que je chante, je dois toujours faire quelque chose de créatif ou de constructif. Je déteste l’impression de ne rien faire. Je suis partie en tournée pendant huit mois l’an dernier et pendant environ quatre mois cette année. Je commençais à devenir tellement stressée que je n’arrivais plus à dormir. J’étais dans un état d’insomnie permanente. Je passais du tournage à l’enregistrement, à ceci, puis à cela, puis à autre chose.

Penthouse : qu’est-ce qui vous oblige à être à la hauteur ?

Summer : je pense que cela vient de la peur de mourir, en ce sens que je sens que Dieu m’a donné une raison d’être sur Terre. Je suis très religieuse, je pense qu’il y a une vie après la mort et je pense que tout le monde a une dette karmique à rembourser ; et quelle que soit cette dette, je veux la rembourser en totalité avant de partir. Je veux faire des choses pour les autres, et je suis en train d’être en mesure de le faire. Je crois que l’argent me parle. Tout le reste va bien, mais l’argent me parle, et si je peux économiser X dollars pour construire un centre communautaire, par exemple, eh bien à ce moment-là, j’accomplis vraiment quelque chose.

Penthouse : quel serait votre objectif à long terme ?

Summer : j’ai toujours dit que c’était de créer une communauté en Amérique du Sud. Je ne sais pas pourquoi ça doit être l’Amérique du Sud ; ça pourrait être n’importe où dans le monde. Voyez-vous, je crois que nous, Américains, mais aussi Britanniques, Allemands, Français, avons toujours pris. Nous sommes allés dans d’autres pays et nous avons pris, pris, pris, pris, castré les gens, faisant d’eux des citoyens de deuxième ordre dans leur propre pays. J’aimerais aller dans un pays où il n’est pas coûteux de faire beaucoup de choses et de simplement donner, et laisser les gens de cet autre pays garder leur identité. J’aimerais que les gens qui n’ont pas d’avantages ou de capacités soient formés pour qu’ils puissent ensuite utiliser cette formation dans leur propre pays. C’est presque une théorie communiste – utopique, peut-être – parce qu’il existe certainement beaucoup de gens cupides d’une part et d’autre part, beaucoup d’autres qui seront réticents à vouloir faire certaines choses. Mais personnellement, cela ne me dérange pas d’abandonner tout ce que j’ai.

Mes comptables me disent toujours : « Tu dépenses trop ! » Et je leur réponds : « Demain arrivera, que j’aie un sou à la banque ou non. » Je n’ai pas peur du lendemain et je n’ai pas peur non plus d’avoir faim. Je peux risquer tout l’argent que j’ai parce que je sais qu’avec mon intelligence et ma force, je reviendrai d’où je suis partie.

Penthouse : serait-il juste de dire que vous avez gagné un million de dollars en 1978 ?

Summer : si vous partez en tournée pendant huit mois, vous pouvez estimer ce que vous allez gagner. Je pense que le potentiel de ce que je pourrais gagner en un an serait… Dieu, qui le sait ? Entre 2,5 et 5 millions de dollars par an. Je ne sais pas si je gagne réellement ça, parce que quand vous êtes sur la route, ça vous coûte un paquet d’argent.

Cela a été porté à mon attention tout récemment, et j’ai failli m’étouffer quand je l’ai entendu. Pensez seulement au coût de l’avion pour organiser un spectacle. Disons que vous prenez trente personnes. Cinq ou six de ces personnes doivent aller en première classe, et les autres sont des touristes. Le coût est énorme ! Ce qui fait que l’argent que vous gagnez sur une tournée n’est pas tellement élevé en fin de compte, parce qu’entre le moment où vous gagnez votre salaire et le moment où vos honoraires disparaissent pour payer votre agent, votre direction et tous les autres machinistes et techniciens, vous n’avez plus autant d’argent pour vous et pour le dur labeur que vous avez fourni.

Rien que les costumes m’ont coûté 70 000 $ l’an dernier. Il y a des coûts de démarrage élevés lorsque vous vous préparez à prendre la route. Vous devez payer pour quatre semaines de répétition. Il faut du matériel de sonorisation et d’éclairage. Une tournée est une affaire de plusieurs millions de dollars, et pas nécessairement au bénéfice de l’artiste. La plupart des gens ne peuvent pas partir en tournée, parce que ça représente trop d’argent. Ma toute première tournée a été une tournée européenne. On m’a soi-disant offert une certaine somme d’argent pour la tournée, mais elle n’a pas été acceptée, et je suis revenue avec une dette de près de 200 000 $.

Penthouse : maintenant que vous êtes constamment sur la route et très demandée, avez-vous envie d’abandonner les tournées et de vous amuser ?

Summer : une fois par semaine au moins. Je vous le jure : une fois par semaine ! Chaque fois qu’une tournée se termine. Je suis tellement épuisée pendant la première semaine qui suit que je jure de ne plus jamais reprendre la route de ma vie. Je n’en veux plus. J’en ai assez, ma vie a été trop erratique. Je veux vivre une vie sensible et sensée, je veux être avec ma famille… Et puis, environ une semaine et demie plus tard, je m’ennuie à mourir, et je repars en tournée à nouveau. C’est un business masochiste. C’est dans ton sang. C’est comme les gens qui ont la fièvre de la mer. Ils sont poussés à aller en mer tout le temps. Ils disent toujours qu’ils vont s’assécher et retourner à terre, mais quand la mer les rappelle, ils s’en vont. Ils l’adorent et ils la détestent.

L’amour et la haine sont au cœur de cette industrie du divertissement. Les gens te détestent aujourd’hui, et ils t’aimeront demain. Ils t’ont laissé tomber, puis ils t’ont reconstruit. Tu es au sommet des charts, et puis tu sors à nouveau du classement. Il y a cette lutte constante pour l’admiration, l’amour et le respect qui est un mélange étrange de haine et d’amour et une tentative permanente d’essayer de se prouver quelque chose à soi-même.

Penthouse : qu’essayez-vous de prouver ?

Summer : je ne sais pas, je ne sais pas. En général, je pense que c’est parce que j’ai le sentiment d’avoir désespérément besoin d’être comprise et que j’ai le désir d’apporter des changements par l’entremise d’un message à faire passer. Je me pose tout le temps des questions : « Pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Je pourrais simplement me marier et être riche ».

Pourtant, je n’ai jamais pu me contenter de ça. Ce n’est même pas pour l’argent. À un moment donné, c’est juste une folie. Je ne sais pas pourquoi j’ai tant besoin d’être comprise, mais je sais que j’en ai besoin.

Penthouse : est-ce que la chanson est pour vous la seule façon dont vous vous sentez capable pour   communiquer ?

Summer : pas vraiment. Mais je suis toujours sur scène, je veux dire, ma vie est sur scène en ce moment, que je sois à la maison, au bureau, sur la route, en train de regarder la télévision ou de faire du shopping. Je suis toujours sur scène. À ce stade, il y a très peu de moments de ma vie où je ne me sens pas obligée de citer Donna Summer. Je ne peux pas être une petite fille noire de Boston. C’est drôle comme les gens vous font devenir la personne qu’ils veulent voir. Mais j’arrive à me stabiliser.

Penthouse : qu’est-ce qui vous effraie le plus dans ce que vous faites ?

Summer : ne plus être en possession de mes capacités et facultés. Et dans ce métier, c’est très facile de se faire déposséder de tout ça. Je ne veux jamais perdre de vue qui je suis ou pourquoi je suis ici, et je pense que c’est probablement ma plus grande crainte. Quand je dis “devenir fou”, je veux dire faire tellement partie de la machine que je ne vois plus la réalité de ce que je dois faire dans cette vie. Et ce que je dois faire, c’est développer mes talents, mes capacités et celles des autres du mieux que je peux.

Je crois qu’il y a une structure dans tout cela. D’abord, avant de pouvoir aider quelqu’un d’autre, vous devez vraiment vous aider vous-même. Deuxièmement, vous devriez aider votre famille ou vos proches. C’est pourquoi j’estime que certaines de mes plus grandes réalisations ont été mon travail avec les Brooklyn Dreams et avec ma sœur, Sunshine, dont je suis en train de produire le premier album. Et ensuite seulement, vous devriez faire quelque chose pour le monde. Quand vous vous êtes donné entièrement dans les choses que vous avez voulues, alors il est temps de tout redonner. Et c’est en gros toute ma philosophie sur ce que je fais, une philosophie que j’ai depuis que je suis une petite fille.

Penthouse : ressentez-vous le besoin de faire des choses pour les gens afin qu’ils se souviennent de vous ?

Summer : c’est étrange, mais je me fiche complètement qu’ils se souviennent de moi ou pas. J’espère simplement qu’ils se souviendront de ma philosophie, par opposition à ma personne, parce que je suis en fait assez insignifiante. Les gens se souviennent de Jésus, ou ils se souviennent des disciples. Mais il ne suffit pas de se souvenir d’eux en tant que personnes. Tu dois te rappeler ce qu’ils t’ont appris. C’est ce qui compte pour moi.

Penthouse : qu’aimeriez-vous que votre public comprenne de vous?

Summer : la seule chose que les gens doivent comprendre, c’est que j’ai besoin d’être libre. Je pense que ce qui me dérange le plus dans ce qu’on appelle le succès – cette chose, ce monstre –-, c’est que cela change votre mode de vie de façon complètement radicale. Il n’y a plus d’intimité dans votre vie et vous n’avez plus le choix.

Je suis vraiment une personne normale et très régulière, et je veux m’adresser au public, à mon public, pour leur faire savoir que je les aime et que sinon, je ne ferais pas ce que je suis en train de faire. En même temps, je veux leur amour, leur respect et leur compréhension. Ce sont mes fans, et ils veulent X, mais ils doivent savoir qu’il y a des millions de gens qui s’en prennent à cette personne en disant : “Je veux ceci, je veux ceci, je veux ceci et je veux cela.” Et qu’il est impossible d’accommoder toutes ces personnes. Quand je dis “je ne peux pas” aux gens, je veux qu’ils comprennent que je ne peux vraiment pas et que je ne me sens pas abattue pour cela. C’est la seule chose qui me dérange : que les gens pensent qu’ils méritent mieux que ce que je peux leur donner. Je le ferais si je pouvais, mais quand je dis que je ne peux pas, c’est la vérité.

Et puis ils disent : « On achète vos disques. » Oui, j’ai chanté une chanson, tu as acheté mon disque, j’ai récupéré l’argent de ce disque. C’est l’essentiel, et ce n’est pas “rien”. J’ai vendu un disque, certes, mais je n’ai pas vendu mon âme.

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