Kidnappé - Penthouse France

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Une Aspiration, Un Style de Vie

May 29, 2019

Kidnappé

Par Bill Barry

Travis Walton a-t-il été enlevé et emmené à bord d’un OVNI par une bande de “créatures” naines et intergalactiques ? Plusieurs témoins oculaires présents disent qu’il l’a bien été. Mais beaucoup de ses voisins de Snowflake, en Arizona, pensent que c’est une arnaque, et la controverse a eu tôt fait de déchirer la ville…

L’enlèvement s’est produit dans un pays indien, situé dans le haut des terres rocheuses et forestières de la forêt nationale de Sitgreaves, à 156 milles au nord-est de Phoenix. C’est une chaîne de montagnes d’une beauté spectaculaire, accidentée, déserte et recouverte de bois de pins. C’est aussi l’ancienne demeure des Apaches, des Navajos et des Hopis, toutes trois des tribus imprégnées de siècles brumeux de traditions sacrées et qui racontent la venue de mystérieuses créatures spirituelles descendues du ciel, qui se frayèrent un chemin sur des moteurs de nuages clignotants. Parfois même, ces créatures repartaient sur des navires de rochers, emportant avec elles des guerriers humains qu’elles avaient enlevés aux tribus.

Mike Rogers avait obtenu un contrat de la part du Service des forêts pour éclaircir 1 277 acres de broussailles. Son équipage était composé de Travis Walton, Ken Peterson, Alan Dalis, Steve Pierce, John Goulette et Dwayne Smith. Ce jour-là, trois hommes coupèrent les branches et les arbres à l’aide de tronçonneuses puissantes et rugissantes, et trois autres suivirent, empilant les débris, pendant que Rogers supervisait le tout.

Le 5 novembre 1975, il était en retard sur son contrat. Ils étaient tous fatigués quand ils se sont finalement arrêtés de travailler et sont remontés dans le camion international de Rogers pour rentrer chez eux à Snowflake, une petite ville mormone située à trente milles au nord. Rogers conduisait, Peterson et Walton assis à côté de lui sur le siège avant, et les quatre autres installés à l’arrière.

Rogers conduisait lentement, à une vitesse d’environ quatre milles à l’heure, sur un ancien chemin forestier à dos d’âne, et ses hommes plaisantaient sur le fait d’aller nager dans la piscine intérieure chauffée de Snowflake pour se délasser. La nuit était claire et fraîche. Le camion n’avait parcouru qu’une centaine de mètres lorsqu’Alan Dalis s’est soudain penché par la fenêtre arrière du siège passager et a dit : “qu’est-ce que c’est que ça ?”

Une lumière brillait à l’intérieur du bosquet de pins gris qu’ils passaient. Pour Travis Walton, cette lueur ressemblait à un coucher de soleil, même si elle n’était pas visible à l’horizon. Smith pensait que c’était peut-être un avion qui s’était écrasé dans les arbres. Quelqu’un a dit : “c’est peut-être un camp de chasseurs, ou un feu, ou des phares.”

Le camion a alors pris un petit virage. À droite, il y avait une clairière. Trois amas de rémanents (débris d’exploitation forestière) se trouvaient entassés dans la clairière, qui était abondamment éclairée. Soudainement, tous les gars assis du côté droit du camion se sont arrêtés de parler, et l’un d’eux s’est évanoui : “arrêtez le camion !”

Travis Walton avait déjà ouvert sa porte, sauté dehors et courait en direction de la clairière. Mike Rogers a coupé le moteur, s’est penché à sa droite pour regarder par la fenêtre, et “il” était là : planant de 15 à 20 pieds au-dessus de l’un des amas de rémanents, à environ 100 pieds de là où ils se trouvaient. Sa structure mesurait environ 20 pieds de diamètre, formait un ovale de 8 pieds, de haut en bas, et présentait un dôme blanc laiteux sur le dessus.

La mystérieuse machine était suspendue, immobile et silencieuse, sous les plus grands arbres, pas près d’eux. Pendant les premières secondes, personne n’a dit un seul mot. Ils ont juste regardé l’objet, véritable tête d’œuf.

Soudain, Mike s’est rendu compte que Travis marchait directement vers elle. Cela avait l’air dangereux. Alors il a crié : “hé, qu’est-ce que tu fous ?” Puis les autres ont crié avec lui : “Travis ! Fous le camp d’ici… Reviens de là-bas ! “Certains d’entre eux ont alors entendu un “bip” aigu, comme la sonnette d’alarme d’un avion de ligne, lorsque le commandant de bord allume le signal des ceintures de sécurité. Il a regardé droit vers la face inférieure de l’objet, dorée et rayonnante. L’engin était lisse, sans orifice ni trappe, sans boulon ni rivet. On aurait dit une énorme ampoule. Et il y avait ce “bip”.

Et puis il a émis un bruit plus fort. Il a grondé, comme s’il prenait vie. Et soudain il a bougé. Travis s’est alors mis à genoux, caché derrière une bûche qui sortait d’une poubelle proche. Le grondement devint plus fort, comme un turbogénérateur s’élançant à pleine puissance, s’élevant en se balançant. L’objet tournait lentement, se balançait, vacillait, vacillait, prenait de la vitesse, comme s’il allait décoller.

Les gars criaient tous en même temps à Travis de revenir. Ils pouvaient sentir le grondement jusque dans leurs membres. Puis Travis a jeté un coup d’œil au camion, a commencé à se lever, comme s’il allait se tirer de là, comme s’il allait enfin foutre le camp. Mais soudain, le faisceau de lumière brillante s’est brutalement éteint, laissant l’empreinte blanc-bleutée de toute la zone sur leurs rétines.

Peterson et Dalis ont vu le puits de lumière sortir du fond de l’embarcation et frapper Travis à la tête et à la poitrine. Le faisceau a tiré à un pied du sol, et Travis s’est raidi, sa tête projetée en arrière, ainsi que ses bras et ses jambes. Tout son corps a été propulsé en pleine lumière, et il a été ensuite renvoyé brusquement vers l’arrière et plaqué au sol à dix pieds de distance, tout comme si l’explosion avait eu lieu devant lui.

Les gars criaient à Mike : “Foutez le camp d’ici ! Foutez le camp d’ici !” Mais il n’avait pas attendu, il appuyait déjà sur la pédale d’accélérateur, pied au plancher. Le camion s’est mis à rouler sur la route bosselée à toute allure, inconsciemment mais impatients d’échapper à ce phénomène terrifiant. Pierce gémissait. Dalis essayait de se cacher derrière le siège avant. Les autres criaient et priaient à haute voix. Mike essayait juste de les sortir de là, fuyant dans une panique aveugle, si effrayé qu’il pouvait à peine voir la route, les doigts et les pieds engourdis, la nausée envahissant son estomac et sa gorge.

“Est-ce que cette foutue chose nous suit ?” cria-t-il. Tout ce qu’il voyait dans ses rétroviseurs, c’était une lumière qui rebondissait sauvagement. Il était sûr que la chose était juste derrière eux, et il conduisait comme un fou pour s’en éloigner. Inconscient de la façon et de l’allure auxquelles il filait sur la route, il ne la voyait même plus. Soudain, un immense pin apparut dans la lumière des phares. Il fit virer une roue, manquant l’arbre de peu, et le camion s’arrêta à Jerking, chevauchant par le travers un monticule de terre rasé au bulldozer.

Là où ils avaient atterri, personne ne pouvait les apercevoir. La chose ne les suivait pas. Ils étaient assis dans le camion, figés, ne prononçant par une parole, catatoniques. Mike était prêt à repartir si jamais l’engin revenait et les apercevait. Juste devant eux , il y avait la route en bordure, puis la sortie de la forêt. Ils avaient parcouru environ un quart de mille.

Ils ont patienté un long moment, mais rien ne s’est passé ; ils sont donc tous sortis du camion. Dalis parlait à 160 km/h, et disait des mots qui n’avaient aucun sens. Pierce pleurait et ne répondait à aucune question. Ils se tenaient là, dans un brouhaha de mots, de cris, dans un bouleversement hystérique total, complètement confus et terrifiés.

Kenny Peterson avait un visage vide de toute expression. Âgé de vingt-cinq ans, et accompagné de Mike, qui en comptait vingt-huit, ils étaient les membres les plus âgés, les plus sûrs et les plus respectés de l’équipage. Finalement, Kenny prit la parole : “qu’est-ce qu’on fout ici, bon sang ? Tu réalises que Travis est toujours là-bas ? On s’est enfui et on l’a laissé. Qu’est-ce qui lui est arrivé ?”

Pour la première fois, Mike a réalisé ce qu’ils venaient de faire. “Il va falloir qu’on y retourne et qu’on le rattrape”, a-t-il dit. Mais Pierce, Smith et Goulette refusèrent catégoriquement d’y retourner. Ils ne voulaient pas non plus attendre seuls, là où ils étaient. Ils ont supplié leurs deux camarades d’aller chercher le shérif à Heber, la ville la plus proche. Mais Mike et Kenny ont déclaré qu’il fallait d’abord retourner sur place pour aider Travis. Il pourrait être blessé, ou bien laissé allongé sur place, mourant, par ces créatures. Ils voulaient le retrouver, d’une façon ou d’une autre.

En arrivant à la portière de sa camionnette, Mike a alors vu un éclair de lumière s’envoler des bois situés juste derrière eux et disparaître dans le ciel noir. Il était sûr que c’était ça, un éclair, qui s’est élevé tout droit et pfffft ! Il a disparu et soudain, il ne restait plus de stries ni de flou, et le ciel s’était vidé de toute présence…

Ils sont alors retournés à ce qu’ils croyaient être l’endroit où ils avaient vu Travis pour la dernière fois. Mais les clairières se ressemblaient toutes. Ils sont entrés lentement dans l’une d’elles, éclairant les lieux de leurs phares. Kenny avait une lampe torche, qu’il pointait partout, éclairant la trouée pouce par pouce.  Aucun signe de Travis.

“Nous ferions mieux de sortir du camion et de jeter un coup d’œil” dit Mike. Ils se sont un peu disputés pour savoir qui sortirait du véhicule. Finalement, c’est Mike qui a été désigné et les autres l’ont suivi. Ils sont restés collés, tout près les uns des autres, et ont fouillé minutieusement tout autour des amas de rémanents, puis ont élargi leurs recherches en faisant des cercles de plus en plus grands, à travers les bois jusqu’à la crête. Ils ont fouillé le sommet, tout aussi précautionneusement, puis ont remonté la piste. Ils n’ont trouvé aucun signe de Travis, aucune trace, pas de sang, pas de vêtements, rien… Ils ont continué à chercher pendant une demi-heure. Puis Mike est tombé en panne. Travis était son meilleur ami. Il est alors tombé à genoux en pleurant.

Ils sont enfin sortis des bois, et se sont rendus dans la ville la plus proche, Heber, pour aller chercher de l’aide. Vers 19 h 45, le député du comté de Navajo à Heber, Chuck Ellison, a reçu leur appel. Il a convoqué le shérif, Marlin Gillespie, à Holbrook, à quarante milles de là, où Gillespie se précipita avec son sous-shérif, Ken Coplan.

Tous les témoins ont raconté la même histoire. Ils étaient tous bouleversés. L’un d’eux pleurait. “S’ils mentent, pensa Ellison, ce sont de sacrés bons acteurs”. Le shérif Gillespie a donc décidé de retourner à la clairière et de reprendre les recherches avec d’autres agents, munis de lampes de poche et d’un projecteur. Mais ils n’ont rien trouvé. Vers minuit, Mike a dit : “on ferait mieux de prévenir sa mère.”

Alors, lui et le député Coplan se sont rendus en voiture à son ranch isolé à Bear Springs, à environ onze milles à l’est dans les bois. Mary Walton Kellett se préparait à retourner vivre dans sa maison à Snowflake pour l’hiver. Elle était seule, et quand elle a entendu la voiture arriver, elle est venue à la porte avec une arme. Mike semblait être dans un état d’épuisement profond ; elle sut tout de suite que quelque chose n’allait pas.

“Tu as vu Travis ?” A demandé Mike.

“Non, pas depuis que je l’ai croisé en ville, il y a quelques jours. Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ?”

Mike lui a alors raconté l’histoire, qu’elle lui a fait répéter. Coplan n’a pas aimé pas sa réaction ou plutôt son manque de réaction. Elle n’a pas pleuré, ni gémi, ni crié ; elle n’a montré aucune réaction visible.  Cela lui a paru suspect.

“Allons en ville, dit-elle. Je vais devoir le dire aux enfants.”

Il y avait six enfants, tous adultes. Elle les avait élevés toute seule, après que son mari se soit enfui avec une autre femme. Afin de les nourrir et de subvenir à leurs besoins, elle avait exploité une pension de famille de quinze chambres et un service téléphonique à Phoenix. Puis elle a élevé cinq enfants adoptifs, dont trois sœurs Apache, jusqu’à ce que la maladie la frappe, la laissant partiellement handicapée. Elle était en partie Cherokee, stoïque face aux problèmes, plus forte d’esprit que beaucoup d’hommes des montagnes. C’était une actrice, pas une pleureuse.

Son fils aîné, Duane, dormait dans sa maison de banlieue à Phoenix quand le téléphone a sonné. Quelques minutes plus tard, il était en route pour Snowflake. C’était un parcours accidenté : à travers le désert vide, dans les buttes rocheuses, en grimpant de plus en plus haut dans un paysage recouvert de forêts, il conduisait sa voiture sur des routes sinueuses aux courbes gracieuses, avec d’un côté des zones rocheuses qui grimpaient en pente raide et de l’autre des plongées dans des ravins profonds. La route émergea enfin sur le haut plateau de Mogollon, frontière d’une vaste prairie vallonnée, aride, isolée, balayée par les vents, à la fois belle et interdite. À 6000 pieds, l’altitude fait siffler les tympans et par nuit claire, on peut admirer la voûte céleste à travers les cieux infinis. Dans ces étoiles, les gens observent depuis de nombreuses années des lumières étranges et mystérieuses.

Nommée ainsi d’après ses fondateurs mormons (1878), Erastus Snow et William Flake, Snowflake est une ville poussiéreuse du Last Picture Show. Le maréchal de la ville est Sanford (“Sank”) Flake. Le député résident du comté Navajo est son frère, Glen Flake. Leur famille contrôle des ranchs, l’Emporium, le restaurant “The Feed Bag et quelques autres exploitations, dans une ville qui ne fait que quelques pâtés de maisons de longueur. L’église mormone des Saints des Derniers Jours de Jésus-Christ occupe un bloc complet, taillée en un carré parfait dans d’énormes dalles de roche cuivrée. À proximité se trouve la plus grande entreprise de la ville, le campus et le stade de l’école secondaire Snowflake Union High School.

Un des pâtés de maisons, situé près de la rue Main est occupé par une ferme rurale : ranchs à chevaux, bétail et porcs. Il y a également une une scierie. Quelques 4 000 personnes sont réparties dans la campagne environnante. Les hommes portent des Stetson et des bottes de cowboy. Le soir, ils conduisent leur camionnette à travers la rue principale, dans une perpétuelle pénombre. Les grandes villes les plus proches sont situées respectivement à vingt-sept et trente-cinq milles de distance. La nuit, la bise hivernale siffle violemment sur la terre dénudée, refroidissant les herbes et la végétation locales. Les volutes de fumée des feux de bois s’enroulent au sortir de chaque cheminée. Et très tard dans la nuit noire, le gémissement malheureux d’une cargaison roulant en direction du sud résonne dans le silence. C’est un endroit complètement isolé.

Duane est arrivé avant l’aube et s’est occupé du reste de la famille. Ce matin-là, le shérif Gillespie effectua une fouille complète des lieux. Au cours des jours suivants, cinquante hommes à pied ont parcouru une zone de deux milles carrés, puis des cavaliers ont agrandi la zone, des jeeps à quatre roues motrices ont été utilisées et enfin, un hélicoptère. Aucune trace de Travis Walton n’a été retrouvée, et il n’y avait aucun signe qu’une embarcation eût atterri sur le site de “l’enlèvement” : pas de branches cassées, pas de brûlures au sol, pas d’empreintes de cosses, pas de signe de radiation quelconque.

Trois jours plus tard, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans le monde extérieur. Fred Sylvanus, directeur du projet régional “Arizona UFO”, a été l’un des premiers enquêteurs de l’extérieur à arriver. Ce projet est basé à Phoenix, et il abrite un certain nombre d’experts en OVNI, tous reconnus et respectés.

Sylvanus a essayé d’interviewer Mike Rogers, mais quand celui-ci a commencé à faire la description de l’OVNI, Duane Walton l’a interrompu avec enthousiasme : “J’en ai vu un presque identique à ce qu’ils décrivent “, déclara-t-il. “Je l’ai vu pendant près de trente minutes en plein jour, il y a environ douze ans, à une heure de l’après-midi, à environ huit milles de cet endroit, juste ici. Et il m’a suivi dans les bois environnants pendant une trentaine de minutes. Quand la nuit a commencé à tomber, j’ai pu voir les étoiles, à travers les murs, le plafond, le sol… partout. Il n’a jamais été à plus de 200 pieds de moi, à aucun moment.”

Duane mesurait six pieds trois pouces, (soit 1,90 m), pesait environ 240 livres (soit environ 108 kg), était un boxeur, son surnom était “Pushy”. Il était rapide d’esprit et avait la langue bien pendue, mais ses interruptions commençaient à irriter Sylvanus. Ce qui a mis tous les sens de l’enquêteur en alarme ont été les paroles de Mike, quand il a dit que Travis avait couru juste sous le vaisseau, et que Duane s’est alors emballé en l’interrompant une nouvelle fois : “Travis et moi avions déjà longuement discuté de cette question, à maintes reprises, et nous avions tous les deux décidé qu’en cas de nouvelle « visite », nous irions immédiatement nous placer aussi près que possible, « physiquement parlant », de l’objet en question… Nous avions décidé que l’occasion serait trop belle pour la laisser passer, et que nous chercherions l’un ou l’autre à entrer en contact avec eux à n’importe quel prix, sauf si cela devait nous coûter la vie. Et que si nous ne réussissions pas, nous essayerions alors de convaincre les « visiteurs » de revenir plus tard pour chercher l’autre. Il a fait comme nous l’avions décidé, il est venu se placer directement sous l’objet, et il a été emmené.”

Sylvanus, enquêteur expérimenté sur les OVNI, a senti qu’il y avait anguille sous roche dans ce récit. Cet homme portait un intérêt “inhabituel” à cette histoire d’OVNI, et l’enquêteur était un homme averti, coutumier des mensonges. Bien qu’il soupçonnât un canular, le shérif Gillespie, lui, penchait plutôt pour une histoire de meurtre.

Il avait existé une certaine animosité entre certains travailleurs de Rogers, surtout entre Travis et Alan Dalis. Travis aurait très bien pu être tué au cours d’une bagarre, puis enterré, et toute l’histoire de l’OVNI aurait pu être concoctée dans le but de dissimuler le meurtre.

Deux facteurs l’ont pourtant ébranlé dans cette théorie : d’abord, il avait lui-même observé des OVNI, l’histoire était donc possible, sinon probable. Et une conspiration pour monter un canular et cacher un meurtre semblait improbable pour cette bande de travailleurs simples et rustiques. Mike Rogers et Ken Peterson étaient tous les deux connus pour être des hommes droits et dignes de confiance. Steve Pierce, à dix-sept ans, était encore un adolescent et n’était intimement lié à personne dans l’équipage. Dwayne Smith était de Phoenix et n’était en poste que depuis trois jours. Il ne s’agissait donc en aucun cas d’un groupe solide et soudé. Et leur récit est demeuré le même à chaque fois.

Le lundi suivant, Cy Gilson, du ministère de la Sécurité publique de l’Arizona, leur a fait passer un test polygraphique. Il a posé à chacun des six témoins quatre questions fondamentales :

(1) Avez-vous causé des blessures graves à Travis Walton mercredi dernier, dans l’après-midi ?

(2) Savez-vous si Travis Walton a été blessé physiquement par un autre membre de votre équipe de travail mercredi dernier ?

(3) Savez-vous si le corps de Travis Walton est enterré ou caché quelque part dans la région de Turkey Springs ?

(4) Avez-vous dit la vérité sur le fait d’avoir vu un OVNI mercredi dernier lorsque Travis Walton a disparu ?

Gilson a ensuite remis son rapport : “chacun des six hommes a répondu non aux questions 1, 2 et 3. Et tous ont répondu oui à la question 4. Les résultats des tests étaient donc concluants.” Cinq des hommes disaient la vérité. “Les examens polygraphiques prouvent que ces cinq hommes ont bien vu un objet qu’ils croient avoir été un OVNI, et que Travis Walton n’a été blessé ou assassiné par aucun de ces hommes ce mercredi-là. Si cet OVNI n’existait pas, et que c’est un canular fabriqué par l’homme, cinq de ces hommes n’avaient aucune connaissance préalable de cet événement. Mais on ne peut pas en dire autant du sixième homme, dont les résultats n’ont pas été concluants.”

Le sixième homme était Alan Dalis. Gilson a déclaré : “il était visiblement agité, belliqueux même. Il était le seul des six à ne pas vouloir coopérer. Je n’arrivais pas à faire la part des choses”. Ce que Gilson ignorait, c’est que Dalis était un cambrioleur déjà maintes fois condamné, et qu’il avait très peur qu’on lui demande des renseignements au sujet de sa vie secrète. Des mois plus tard, il a d’ailleurs été reconnu coupable de vol à main armée et emprisonné au pénitencier d’État de l’Arizona. À cette époque, disent les autorités, et malgré le fait qu’il ait avoué tout ce qu’il avait fait dans sa vie, il s’en est toujours tenu à son histoire d’OVNI.

Entre-temps, le maréchal Sank Flake avait annoncé publiquement son idée sur la question : “je pense que c’est un canular, monté par Travis et son frère, Duane, pour se faire de l’argent. Je crois que les autres enfants ont effectivement vu quelque chose, mais qu’ils ont également été dupés. Ce qu’ils ont vu, c’est un radeau de caoutchouc gonflé, ou quelque chose du genre, éclairé de partout et accroché dans les arbres pour ressembler à un OVNI. Travis les a piégés en leur racontant des histoires sur les OVNI pendant longtemps, et quand il les a eu bien préparés, c’est arrivé.”

Duane Walton a déclaré que Flake avait des préjugés envers eux parce que les Walton ne descendaient pas des premiers colons. C’était une famille pleine d’entrain et elle avait eu son lot de petite bagarres en évoluant parmi les habitants de cette ville. D’autre part, Travis avait été un adolescent sauvage dont le QI élevé avait été reconnu quand il était au lycée.

Pendant ce temps, Flake accumulait les rumeurs et les preuves selon lesquelles toute la famille Walton était obsédée depuis longtemps par les OVNI : “ils en parlaient tout le temps. Sa mère m’a dit qu’elle en voyait tout le temps. Elle a même dit en avoir vu toute une flotte entrer et sortir de son ranch un soir. Elle disait qu’elle était assise sous le porche et qu’elle les regardait.” La presse a sauté sur l’occasion pour les accuser d’affabulation. Les Walton étaient des amateurs d’OVNI ; par conséquent, selon la presse, l’histoire de l’enlèvement était un canular.

Le maréchal Flake n’a cependant pas révélé à la presse que Walton avait déjà été poursuivi par ce qu’il a cru être un OVNI : ” je n’étais qu’un enfant et je travaillais à la scierie, tard le soir. Juste avant l’aube, alors que je rentrais chez moi avec un ami, nous avons vu une lumière s’élever au-dessus des arbres, sur la crête derrière nous. Elle semblait nous suivre, et elle nous a fait une peur bleue. Nous avons couru jusqu’à la maison pour réveiller nos familles. L’objet nous a suivis jusqu’au bout. Mais ce n’était qu’une étoile, j’en suis sûr. Je suis convaincu que ce n’était qu’une étoile.”

Flake explique les nombreuses observations d’OVNI dont il a entendu parler comme étant “juste des choses qui arrivent partout, tout le temps”. Mais ce ne sont que des étoiles, ou bien les gens se trompent sur ce qu’ils voient. Beaucoup de gens ici croient ce que racontent les Walton. Et c’est ce dont Duane et Travis ont profité.”

Le frère de Sank Flake, le shérif adjoint Glen Flake, a commencé l’enquête en étant cartésien, et n’a pas du tout cru à cette histoire. Faisant équipe avec Ken Peterson, cherchant sur la crête avec lui, il a essayé d’écarter Ken de l’histoire. Mais Kenny était aussi sérieux qu’une poule pondant un œuf. “Il ne voulait pas du tout plaisanter à ce sujet. Il était très inquiet, et il cherchait minutieusement Travis disparu. Glen devint alors respectueux et commença à croire aux OVNI. Mais les événements étaient sur le point de mettre à mal cette nouvelle croyance. En effet, cinq jours après la disparition de Travis, vers minuit, le téléphone a sonné chez Grant et Allison (Walton) Neff à Taylor, à trois milles de Snowflake. Grant, le beau-frère de Travis, répondit. “C’est Travis ; dit une voix tendue. “Je suis dans la cabine téléphonique de Heber. “Prends Duane avec toi et viens me chercher.”

“Le tas de rémanents m’a empêché d’aller voir directement en dessous. Il brillait d’une couleur dorée, blanc-jaunâtre, comme une énorme ampoule électrique… Un son sortait de ce tas, pas très fort, comme un bip-beep-beep-beep. Puis j’ai entendu Mike, ou quelqu’un d’autre, crier : “dégagez de là ! Et je les ai tous regardé autour de moi. Quand j’ai enfin jeté un coup d’œil en arrière sur l’OVNI, le tas a soudainement laissé échapper un bruit très fort, et il a alors commencé à bouger, comme s’il prenait vie, comme s’il s’agissait d’un mouvement erratique de rotation. J’ai sauté directement derrière une grosse bûche, et j’ai pris ma décision à ce moment : j’allais immédiatement me tirer de là !

“C’est alors que je me suis levé, et en me retournant, tout s’est passé très vite, j’ai senti ce… courant électrique, suivi d’un coup, comme si j’avais été frappé par une batte de baseball. Puis je me suis évanoui.

“Je ne sais pas ce qui s’est passé après ça, mais quand je me suis réveillé, j’étais allongé sur le dos. Il y avait une lumière à un mètre au-dessus de moi. Je n’arrivais pas à concentrer mes yeux sur cette lumière, et j’éprouvais une énorme douleur, pas seulement dans la tête et dans la poitrine, mais partout.

“Puis, quand j’ai repris complètement conscience, j’ai entendu des mouvements autour de moi. Alors, j’ai tourné la tête pour regarder et j’ai vu ces créatures, debout, là. J’ai perdu mon self-control et je suis devenu hystérique. Ils étaient assez petits, peut-être 1,50 m, avec de grosses têtes chauves en forme de dôme, très grandes. Ils avaient des énormes yeux bruns – oh, mec, ces yeux ! – , et leur regard me transperçaient. Ils n’avaient pas de cils, pas de sourcils, et leur bouche, leurs oreilles et leur nez semblaient vraiment petits, peut-être juste parce que leurs yeux étaient aussi grands… Ils portaient une combinaison ample, brun orangée.

“Je leur ai sauté dessus en hurlant, mais une chose est tombée de ma poitrine. C’était comme une courroie de plastique épaisse qui m’entourait à mi-thorax.

Quand celui-ci a touché le sol, il s’est balancé d’avant en arrière. Une lumière venait du dessous, mais il n’y avait aucun fil ou tube. Quand j’ai sauté en direction de la créature, je l’ai frappée sur sa droite, puis je l’ai repoussée et elle est tombée tout de suite sur sa camarade. Ils avaient tous une peau blanche comme de la guimauve, et leur corps semblait très léger.

“Je ne pouvais pas me tenir debout très solidement. J’ai titubé et je me suis appuyé contre un mur. Sur l’étagère fixée à côté de moi, j’ai attrapé un tube transparent qui était posé dessus, et j’ai essayé d’en casser l’extrémité pour me défendre avec quelque chose de tranchant. Ils ont commencé à se diriger vers moi, et quand j’ai réalisé que le tube ne s’était pas brisé, je les ai attaqués avec, en criant des trucs comme : “éloignez-vous de moi ! Qu’est-ce que tu es ? Qu’est-ce qui se passe ici ?”

“J’étais juste hystérique. Ils se sont alors arrêtés et ont tendu leurs mains, la paume vers l’extérieur, comme s’ils voulaient dire non, ou s’arrêter, ou quelque chose comme ça. Ils n’ont même pas essayé de m’attaquer. Puis ils se sont brusquement tous retournés d’un coup et sont sortis, en se dépêchant. Ouf ! Ils étaient enfin partis.

“Cette pièce était vraiment chaude. L’air était si humide et lourd que je pouvais à peine respirer. Mon esprit bouillonnait sans cesse. J’avais l’impression d’être brûlé, à l’intérieur comme à l’extérieur, et j’avais mal partout aussi, comme si j’avais été écrasé…

“Quoi qu’il en soit, après quelques minutes, je me suis dirigé vers la porte et j’ai regardé par où ils étaient partis. C’était un couloir courbe qui allait à droite et à gauche. Je ne voyais personne. Comme ils étaient partis à droite, je suis descendu à gauche, en courant, et j’ai franchi une autre porte. Je voulais absolument trouver une issue, mais j’étais trop bouleversé et affolé. La seule chose que j’avais en tête, c’était de sortir d’ici. J’étais claustrophobe, frénétique. Mais je me suis ressaisi un peu et je me suis dit que je ferais bien de vérifier la porte d’à côté. Je me suis précipité vers elle, sur la droite, et j’ai vu qu’elle était ouverte ; alors je suis entré en trombe.

“C’était juste une pièce ronde, sans rien à l’intérieur, à part une chaise en métal, avec des accoudoirs, tenant sur un seul pied central, au milieu de la pièce. J’avais peur qu’il y ait quelqu’un à l’intérieur de cette pièce. Alors je me suis écrasé pour longer le mur, jusqu’à ce que je puisse jeter un coup d’œil à la chaise. Il s’est alors passé un truc très drôle.

“Quand je me suis approché du milieu de la pièce, il a fait plus sombre. Et quand j’ai reculé, c’est redevenu plus clair. Quand il faisait plus sombre, je pouvais distinguer les étoiles à travers les murs, le plafond, le sol, partout où je regardais.

“Il n’y avait personne sur la chaise. Sur l’accoudoir droit, il y avait un panneau rempli de boutons, ainsi qu’un petit écran vert couvert de lignes noires. L’accoudoir gauche, quant à lui, possédait un levier. De l’autre côté de la pièce, il y avait des rectangles dans le mur, comme s’il s’agissait de portes, mais en fait, c’était plutôt des fissures. Je voulais absolument trouver un moyen de sortir de là, et j’ai pensé que si j’appuyais sur les bons boutons, je pourrais ouvrir ces portes. J’ai donc commencé à appuyer sur quelques boutons, mais il ne s’est rien passé. Puis j’ai déplacé le levier… Et là, les étoiles ont commencé à bouger tout autour de moi ; les lignes sur l’écran ont également bougé, mais les étoiles sont restées dans le même schéma. Ils ont juste bougé tous ensemble, au plafond et à travers les murs.

“C’était bouleversant. Je ne savais pas du tout ce qui se passait. Puis j’ai arrêté d’actionner le levier. J’avais peur de tout foutre en l’air et j’ai pensé que je pourrais vraiment me faire mal. Puis j’ai entendu un bruit. Je me suis retourné, et j’ai vu un homme, debout près de la porte. C’était un homme comme un être humain, pas exactement un caucasien, mais presque, bronzé, sombre et uniforme. Il était grand, mesurait plus d’1,90 m, il semblait plutôt lourd et portait une combinaison bleue bien ajustée, avec un casque qui recouvrait l’intégralité de son crâne et de son visage.

“Il m’a fait signe de sa main droite, et j’ai couru vers lui en criant des trucs comme : “comment es-tu entré ici ? Comment je sors ? Qu’est-ce que c’est que cet endroit ?” Je croyais qu’il était américain. Ce casque sur sa tête était comme une bulle claire, aplatie sur le dessus, et retombait sur ses épaules. Il n’y avait ni fils, ni tuyau, ni rien dessus. Il ne m’a pas répondu, alors j’ai pensé qu’il pouvait peut-être ne pas m’entendre.

“Il a juste souri, comme s’il me témoignait de la tolérance, et il m’a pris par le bras pour m’emmener en dehors de la pièce. J’ai pensé : “je vais aller avec lui, et peut-être qu’on trouvera un endroit où il pourra enlever ce casque et m’entendre”. Ses yeux étaient un peu étranges, comme des noisettes dorées et brillantes.

“Nous sommes repassés par le couloir que j’avais emprunté un peu plus tôt, puis par une autre pièce vide, une sorte de sas à air. J’ai cru qu’on était dehors, car l’air est subitement devenu plus frais, beaucoup plus frais, comme à l’extérieur. Et la lumière était beaucoup plus brillante, comme celle du soleil. Je me sentais vraiment soulagé, hors de cette chaleur confinée, et je pouvais respirer à nouveau librement.

“Mais nous n’étions pas dehors, nous étions restés dans le bâtiment, seulement la pièce ici était beaucoup plus grande, et elle avait un plafond très haut au-dessus de nos têtes, en forme de dôme. Il y avait comme un quart de cercle sur le côté. Le plafond était incrusté dans un mur d’un côté et il y avait trois autres murs parfaitement plats. Il y avait aussi deux ou trois embarcations garées dedans. Elles avaient chacune une forme différente, arrondie, ovale et en forme de soucoupe, mais aucun de ces objets ne comportait d’angle dans leur forme. Ils étaient parfaitement lisses et brillants.

“Nous avons traversé cette pièce et descendu le couloir jusqu’à une autre pièce, plus petite. Il y avait là d’autres personnes, deux hommes et une femme… Ils semblaient tous appartenir à la même famille… Ils ne portaient pas de casque. Leurs cheveux étaient longs, blonds et sales.

“Le premier homme m’a fait asseoir sur une chaise et a traversé la pièce, puis est ressorti par une porte sans dire un mot. J’ai alors essayé de parler aux autres, je leur ai posé des questions, mais ils n’ont pas voulu me répondre non plus. Ils m’ont juste souri. L’expression de leur visage n’a guère changé. Puis la femme et l’un des hommes se sont approchés et m’ont pris par les bras, m’entraînant pour m’asseoir à une table. J’étais d’accord, mais ils n’ont pas voulu répondre à mes questions. J’ai commencé à résister en criant : ” hé !! Attendez une seconde”, je devenais à nouveau hystérique. Ils m’ont juste souri d’un air désolé, comme si je me comportais mal. Ils n’étaient pas fâchés ou quoi que ce soit d’autre. Puis ils ont commencé à me mettre un masque sur le visage, comme un masque à oxygène. Mais j’ai tendu la main pour l’arracher, et je suis sorti en courant de cette pièce.

“C’est la dernière chose dont je me souvienne, avant de me réveiller sur l’autoroute près de Heber. Il faisait sombre, et j’ai vu une de ces embarcations arrondies planer à environ quatre pieds au-dessus de l’autoroute. J’ai levé les yeux au moment où une des lumières s’éteignait, comme une trappe qui se referme, ou simplement une ampoule qui s’éteint. Et puis l’embarcation s’est dirigée vers le ciel à toute vitesse. Je ne vois pas comment quelque chose pourrait aller aussi vite sans hurler. Mais “ça” n’a pas fait de bruit. Il n’y en avait plus.

“J’ai couru alors vers les cabines téléphoniques de la station-service et j’ai appelé mon beau-frère, parce que dans les environs proches, il était le seul de la famille à avoir un téléphone.

“Puis, en y repensant, je me suis effondré dans la cabine… Je n’arrivais pas à enlever la vision de leurs yeux de ma tête. Ils avaient de grands yeux vitreux, presque pas de blanc d’œil, et leurs iris étaient tous bruns. Quand ils clignaient des yeux, c’était comme des ombres qui montaient et descendaient sur une fenêtre. Je ne voulais pas avoir l’air de leur ressembler, et je ne pouvais pas ne pas m’en souvenir non plus.

“J’étais vraiment fatigué et assoiffé, mais je n’avais plus aussi mal. J’avais juste des marques de brûlures et un peu de douleur diffuse. C’est comme ça que Duane et Grant m’ont trouvé, coincé dans cette cabine téléphonique. Ils m’ont ramené chez ma mère, à Snowflake. En chemin, l’un des deux a dit quelque chose qui m’a fait rire, comme si tout le monde s’était inquiété pour moi. Et j’ai répondu quelque chose sur le fait que ça ne faisait que quelques heures que j’étais parti. Duane a dit alors : “Travis, mets tes mains sur ton visage”. J’avais une barbe très épaisse.

“Et il a dit : “Tu es parti cinq jours.”

Après s’être arrêté chez sa mère, Duane a conduit Travis chez lui à Glendale, une banlieue de Phoenix. Travis a insisté pour voir un médecin. Bill Spaulding, de Ground Saucer Watch, les a envoyés voir le Dr Lester Steward pour obtenir une aide médicale. Mais Steward s’est avéré être un hypnothérapeute, pas un médecin, et Duane a ramené Travis chez lui.

Peu de temps après, ils ont reçu un appel de Jim Lorenzen, directeur international le plus respecté de l’un des organismes d’enquête sur les ovnis, l’Aerial Phenomena Research Organization (APRO). Lorenzen fit immédiatement examiner Travis par les médecins Howard Kandel et Joseph Saltz.

L’examen médical a déterminé que Travis ne souffrait d’aucune blessure physique inhabituelle : il avait perdu de dix à quatorze livres, (entre 4,5 et 6 kg) mais il avait peut-être reçu de la nourriture pendant sa disparition. Le Dr Kandell a noté “une tache rouge de 2 mm de diamètre située dans le pli du coude droit” qui aurait pu être une plaie perforante, non incompatible avec les blessures d’épines dont souffrent parfois les bûcherons pendant leur travail. La blessure était en voie de cicatrisation et datait d’environ un à trois jours. Le Dr Kandell a déclaré que : “son état n’était pas celui d’un homme qui aurait erré dans les bois depuis cinq jours, mais que cette possibilité ne devait pas être complètement écartée non plus.”

Aux alentours du 11 novembre, le sheriff Gillespie a interrogé Walton : son histoire correspondait exactement à celle des six témoins. Mais Gillespie n’en est pas ressorti convaincu. Le National Enquirer et l’APRO ont assumé la responsabilité officieuse de l’enquête, et le journal s’est acquitté des frais d’hôtel, ainsi que des tests.

Le 12 novembre, Walton a été placé sous hypnose régressive par le Dr James Harder, professeur de génie hydraulique et directeur de recherche de l’APRO à l’Université de Californie. Sous hypnose, Walton a alors raconté exactement son histoire originale, avec plus de détails, et sans la peur intense qu’il avait ressentie. Harder a conclu qu’il ne mentait pas, et que ce n’était pas un canular.

Le 15 novembre, l’Enquirer a engagé John McCarthy, expert en polygraphie, pour tester Travis. Mais le polygraphe mesure le stress, pas les mensonges. Et Walton souffrait déjà d’un stress intense. McCarthy a dit qu’il en tiendrait compte. Ses questions portaient sur l’histoire de l’OVNI et la possibilité que Travis ait menti à Harder et Gillespie. McCarthy en est arrivé à cette conclusion : “pendant l’examen, il était évident qu’il tentait délibérément de déformer son rythme respiratoire”. D’après ses réactions sur toutes les cartes qui lui ont été montrées, l’examinateur est d’avis que Walton, de concert avec d’autres, tente de perpétrer un canular concernant un OVNI, et qu’il ne s’est trouvé à bord d’aucun vaisseau spatial.

Cependant, le Dr Jean Rosenbaum, président de l’Association psychanalytique du Sud-Ouest et expert reconnu par les tribunaux dans ce domaine, a déclaré que la séance de polygraphie n’avait aucun sens. S’exprimant au nom de la demi-douzaine d’experts qui avaient examiné Walton à l’époque, il a noté qu'” une batterie complète d’examens psychiatriques et médicaux a été menée sur Travis Walton, et notre conclusion, qui est absolue, est que ce jeune homme ne ment pas, et qu’il n’existe pas de collusion. Les résultats [du test complet] montrent qu’il croit vraiment à ces choses.

“Il croit vraiment qu’il a été enlevé par un OVNI. Mais mon évaluation de cette histoire est que, même s’il croit que c’est ce qui s’est réellement passé, ce n’était que dans son esprit. J’ai l’impression qu’il souffre d’une combinaison d’imagination et d’amnésie [psychose passagère], qu’il ne s’agissait pas d’un OVNI, mais simplement d’une errance, pendant la période où il a disparu. Mais je n’arrive pas à expliquer pourquoi cinq témoins racontent la même histoire et ont passé avec succès les tests du détecteur de mensonges”.

Par la suite, une toute nouvelle série de “canulars” a été lancée au sujet de ces tests. Mais à ce moment-là, les “faits” de l’affaire Walton avaient été révélés, lui permettant de se faire pardonner. Chaque erreur “factuelle”, chaque distorsion, idée fausse, ou mensonge était automatiquement répété dans les rapports d’enquête et les reportages. Mais si les journalistes avaient vérifié les faits plus attentivement, ils auraient pu découvrir à quel point certaines de ces “preuves” étaient fausses.

Par exemple, des déclarations “suspectes” prétendument faites par Mary Walton Kellett “aux soldats” dans son ranch, la nuit où elle a appris que Travis avait disparu ont été rapportées jusqu’au député Ken Coplan (le seul “soldat” présent). Mais il a nié qu’elle avait dit quoique ce soit.

Après de laborieux retours en arrière, Coplan a également été identifié comme la source originale de cette histoire : avant l'”enlèvement”, Travis avait appelé une émission de radio pour se porter volontaire en tant qu’invité. L’animateur du talk-show l’avait alors traité de cinglé. Après l'”enlèvement”, Travis a rappelé la même émission et a dit : “qui est le cinglé ?” Coplan a déclaré qu’il n’était au courant d’aucune émission de ce genre ; il a également nié avoir fait la déclaration originale qui, à ce moment-là, était devenue une ” preuve ” contre Walton.

Malgré les déclarations exacerbées de Duane Walton aux enquêteurs au sujet de son “pacte” OVNI avec Travis, une enquête approfondie sur l’intérêt des Walton pour les OVNI précédents a montré un intérêt normal, partagé par environ 100 millions d’Américains.

Au cours du passage au détecteur de mensonges de Mary Walton Kellett, on l’a interrogée de façon très pointue sur le fait qu’elle était une passionnée d’OVNIs. Elle a nié ce fait, et le test a indiqué qu’elle avait répondu honnêtement. Mais le test indiquait aussi une “animosité” envers le sheriff Gillespie. “Bien sûr”, admet-elle. “Il s’est assis là [lors de la fouille] et m’a parlé de deux ou trois incidents où il avait vu des OVNIs. Deux fois quand il chassait dans les bois, et une autre fois alors qu’il escortait une voiture jusqu’à Holbrook. Un objet éclairé a fait sortir la voiture de la route. “Plus tard, lorsque le sheriff est revenu, la “chose” était toujours là. (Les policiers et d’autres témoins ont confirmé avoir entendu Gillespie raconter les mêmes histoires.) “Puis il se retourne et me traite d’amateur d’OVNIs, et d’un seul coup, tout le monde dans la presse s’en rend compte, comme si nous étions les seuls à être fous, hallucinants ou quelque chose comme ça…  Ça n’est en tout cas certainement pas une raison de nous prendre pour des menteurs.

“Mais Gillespie est un élu, et le fait de raconter ces histoires d’OVNIs aurait ruiné sa réputation si la presse en avait eu vent. Il ne veut sûrement pas perdre son emploi en admettant qu’il sait qu’il y a des OVNIs. Nous avons vu des lumières, des objets éclairés, et presque tout le monde ici les a vus aussi. Nous n’en parlons pas beaucoup, et nous ne prétendons pas savoir de quoi il s’agit… Mais cela ne nous donne certainement pas une raison de créer un canular. Nous n’avions aucune raison pour cela. Et nous n’avons pas non plus l’argent nécessaire pour fabriquer des preuves, ou ce que tous ces témoins disent avoir vu.”

Les détracteurs ont accusé Travis d’avoir raconté à l’équipe de travail des histoires d’OVNI, de les avoir endoctriné, jusqu’à ce qu’ils soient prêts à “voir ce que Travis voulait qu’ils voient”. Mais les témoins le nient. Dixit John Goulette : “sur la période des quatre à six semaines où j’ai travaillé sur ce chantier, il n’y a eu qu’une ou deux anecdotes concernant les OVNIs…

Travis a dit que s’il en voyait un, il essaierait de communiquer avec lui… Nous avons vu ce que nous avons vu, et ce n’était pas une histoire que Travis nous avait racontée. C’était réel.”

La controverse tourbillonne donc autour de la petite ville de Snowflake et de son citoyen le plus notable (sinon le plus respectable), Travis Walton. Personne ne peut prouver qu’il a été enlevé par un OVNI ; mais personne ne peut prouver le contraire. Officiellement, la police a classé l’affaire : l’histoire de Walton est possible mais peu probable. S’il s’avère qu’il s’agit finalement d’un canular, les menteurs seront poursuivis pour avoir créé un méfait public.

Walton et Rogers disent que les gens expliquent l’histoire en fonction de leur domaine d’expertise : les flics la voient comme un crime, un canular ; les experts en toxicomanie la voient comme une expérience de drogue ; les psychiatres la voient comme un fait de l’esprit ou de l’imagination, probablement enracinée dans les fantasmes et/ou les privations des enfants (une psychose temporaire que partagent six témoins). Et Travis de dire : “le témoin idéal d’une histoire concernant les OVNIs devrait être quelqu’un qui n’a jamais eu d’ennui, qui n’a jamais rien vu de bizarre ou d’étrange auparavant, qui n’a jamais pensé aux OVNIs, qui n’en a jamais parlé, ni même entendu parler du tout. Peut-être que là, on le croirait.”

Alors, prenez un élève de CM2 à l’école Snowflake. Son professeur avait remarqué que le garçon semblait somnolent et inattentif en classe. Elle lui a dit : “tu vas devoir arrêter de regarder la télé le soir et aller au lit à l’heure.”

“Je ne regarde pas la télévision la nuit”, a-t-il répondu.

“Alors pourquoi as-tu autant sommeil tous les jours ?”

“Parce qu’on regarde les OVNIs de ma chambre. Parfois, ils sont de retour dans les collines toute la nuit.”

Et d’autres personnes les voient également. Une équipe de forage travaillait sur le ranch Glen Flake, à dix milles à l’extérieur de la ville, une nuit où une lumière vive s’est soudainement allumée juste au-dessus de l’appareil de forage. Les hommes ont tous levé les yeux, ont sursauté et ont dû se protéger de la lumière intense. Au bout d’un moment, celle-ci s’est éteinte, et la chose, quelle qu’elle soit, avait disparu. Immédiatement, le contremaître s’est précipité sur la route de terre à partir de l’autoroute, a fait crisser les pneus de sa voiture jusqu’à la station-service la plus proche, puis s’est arrêté brusquement pour se jeter dehors.

Il entra dans la station et essaya sans succès d’être décontracté, il a demandé : “Vous avez vu ce que je viens de voir ?”

Les propriétaires ont affirmé avec enthousiasme qu’ils avaient vu la même chose que lui en lui demandant ce que c’était.

“Je ne sais pas ce que c’était, a répondu le contremaître, mais je suis sacrément content que vous l’ayez vu aussi. Je n’en aurais jamais parlé à qui que ce soit sinon.”

Il est donc tout à fait possible que beaucoup plus de gens aient vu des OVNI que ce qu’ils veulent bien admettre. Personne n’aime être ridiculisé. Une femme, dont la voiture avait été arrêtée par une autre, a déclaré : “pas question que j’en parle autour de moi, pour que je passe pour une camée qui a des hallucinations. Je mourrais si ça se savait…”

Glen Flake a dit : “beaucoup de ces gens sont de bonnes et honnêtes personnes, tout-à-fait fiables par ailleurs… Ils disent : “on a vu les lumières. Elles sont peut-être à 800 mètres et elles bougent. Et puis elles s’arrêtent. Ou elles tirent selon des angles fous. Je ne sais pas ce que c’est…” Quand je repense à toute l’histoire de Walton, à toutes les preuves et à tous les mensonges, j’ai tendance à y croire. Ou du moins, je ne peux pas ne pas y croire, comme mon frère le fait. J’y crois, et je n’y crois pas. Je ne sais pas où est la vérité.”

Et c’est à peu près là où mènent toutes les preuves dans l’affaire Travis Walton.

Un soir, au beau milieu du brouhaha autour de cette histoire, Flake était de service au bureau du sheriff à Holbrook. “Nous recevions des appels de tout le pays au sujet des OVNIs, explique-t-il. TV, journaux, magazines. Même certains qui venaient d’Europe. Sur la radio du répartiteur, les conversations du bureau du sheriff de Pinetop se sont retrouvées à l’antenne par hasard, et leurs adjoints parlaient d’une lumière bleu-rouge-blanc, présente dehors, immobile, changeant simplement de couleur. “Ils sont à environ 60 à 70 miles au sud de nous”, disaient-ils. John’s, à environ 60 milles à l’est de Pinetop, regardaient la même chose. Alors, on est sorti et on a regardé dehors, et on l’a vue aussi. L’objet était juste posé au milieu de ce triangle de postes de sheriffs, ne se déplaçant nulle part et changeant simplement de couleur, passant du rouge au bleu, puis au blanc.

C’est à peu près à ce moment-là que nous avons reçu un appel de Boston, ou de Chicago, et un homme nous a dit : “avez-vous vu d’autres OVNIs ?” en riant un peu. Et j’ai dit : “Bien sûr, on en observe un en ce moment-même “.

“Il a failli tomber, m’a demandé de sortir pour vérifier si l’OVNI était toujours là. Il l’était. “Qu’est-ce que c’est ?”  Voulut-il savoir, très excité.

“Je ne sais pas ce que c’est. C’est juste là, et il ne bouge pas, et il n’était pas là avant. Dis-moi ce que c’est, toi.”

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