Madonna 1987 INTERWIEW - Penthouse France

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Une Aspiration, Un Style de Vie
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May 29, 2019

Madonna 1987

Par Nick Tosches

La gloire et la fortune, racontait-elle, étaient tout ce qu’elle attendait du monde. Elle obtint ce qu’elle voulait, et le monde aussi.

C’était il y a exactement deux ans ce mois-ci que Penthouse publiait son premier portfolio sensationnel de photographies de Madonna. A l’époque, sa réputation, bien qu’immense, n’en était qu’à ses balbutiements. En un peu plus de quatre saisons, elle était passée de Madonna Louise Veronica Ciccone, originaire de Bay City, mignonne jeune fille du Michigan, inconnue et bagarreuse à simplement et spectaculairement Madonna, la chérie et déesse du sexe du monde occidental et oriental.

C’était son destin, sa chance, son biscuit chinois du Grand Serveur Chinois dont le nom fait un avec le vent sur le « Wee-hawken ». Le monde était prêt pour ça. Plus que ça, le monde était affamé de ça : le retour de la déesse blonde, le renouveau de la grande jarretière magique plus puissante qu’un millier de jolies filles dévalant la tête la première le vaste toboggan asexué Judéo-Chrétien. Le monde était prêt pour ça, l’appétit était là ; et elle était là, qu’elle soit bénie, pour lui donner ce qu’il voulait. Mais elle s’est révélée être bien plus qu’un simple éclat phosphorescent de chaleur humaine blonde platine. Elle et le monde – ce n’était pas simplement un coup d’un soir. C’était un piercing à la narine et un baiser soufflé, les débuts d’une liaison qui n’a fait que se réchauffer avec le temps passant.

« Il y a environ un million d’opposés vivant en moi, » déclara Madonna un jour. Pendant les deux ans après que Penthouse l’ait montrée comme le monde ne l’avait jamais vue, plus d’un de ces opposés s’étaient révélés. La divine Monroe réincarnée, traînée de « peep-shows », beauté souffrante enveloppée de voiles, vierge et prostituée, petite fille et dulcinée, sainte et mangeuse d ‘hommes, ange et pécheresse – elle s’était glissée dans tous ces rôles et bien d’autres. Par moment, on pouvait croire qu’elle n’était rien d’autre qu’une série de masques rétro illuminés, et c’était le mystère versatile de ce rayonnement insaisissable  qui captivait. Impénétrable – s’il y a en fait quoi que ce soit à découvrir, elle fascine, d’une manière que la vraie chair ne pourrait jamais. Le vrai cœur de son talent, le vrai  cœur de son don, peut peut-être se résumer à ça : elle illumine parfaitement le masque. Elle apporte une bonne lumière.

Son dernier album, « True Blue », paru en Juillet 1986, surpassa son prédécesseur, « Like a Virgin », en matière de ventes internationales. Ce n’était pas un mince exploit, étant donné que « Like a Virgin » avait fourni trois immenses hits (« Material Girl », « Into the Groove », et le morceau éponyme) et s’était élevé au rang de N° 1 dans 9 pays, faisant gagner à Madonna plus de $8 million en royalties. « True Blue » était dédié à « mon mari, le mec le plus cool de l’univers. »

Ce mari, bien sûr, est Sean Penn, qu’elle avait épousé le 16 Août 1986, le jour de ses 26 ans. Ce jeune acteur pétulant et pugnace, plus jeune qu’elle de deux ans et acteur mineur tentant de gagner sa vie, s’était distingué en jouant le connard par excellence à l’écran, et encore plus hors de l’écran. Peut-être aussi détesté par le public de base que Madonna avait été adorée, son mariage avec lui testa cette adoration. Il s’avère que le mariage a tendance à dégonfler le sex-appeal des sex-symbols. C’est une infidélité à l’adorateur – un adultère pour les hommes, un délaissement pour les femmes, un abandon symbolique irrévocable de virginité et du lien qui existait de manière illusoire si ce n’est réelle. Bien sûr, si une icône doit se marier, c’est mieux, en terme d’image, qu’elle épouse une autre icône – Joltin’ Joe pour Marilyn ou, en solde, une Brigitte Nielsen pour Sylvester Stallone. Le choix de Madonna était donc non seulement déconcertant, il était également dangereux. Le fait qu’elle ait survécu à ce test, indemne et toujours adorée, est une preuve de sa souveraineté. Le fait qu’elle soit épargnée après l’avoir appelé « le mec le plus cool de l’univers » était plus qu’une preuve ; c’était peut-être un minuscule miracle – ou, au moins, un témoignage du fait que, pour les sex-symbols, un peu de stupidité au bras peut être aussi attractif qu’un petit grain de beauté sur le visage.

En tous les cas, le public posa la limite à l’appariement cinématographique de ces deux-là. Avec « The Falcon » et « The Snowman » à son actif, Penn est peut-être le diplômé le plus célèbre de ces « théâtreux » juvéniles nommés le « pack de gamin ». Madonna avait également joué dans quelques films. En 1980, bien qu’encore inconnue, elle avait participé à un drame d’une heure de Stephen Lewicki nommé « A Certain Sacrifice », il avait été distribué uniquement sous le manteau. Il y avait un petit rôle dans « Vision Quest » quelques années plus tard ; puis, en 1985, son grand rôle dans « Recherche Susan désespérément » de Susan Seidelman. (La coproductrice Sarah Pillsbury – hors caméra – déclara qu’elle voyait en Madonna une « Mae West  punk » qui était « un fantasme total pour les hommes comme les femmes. ». Bien qu’elle ait reçu de nombreux éloges pour son travail dans « Recherche Susan désespérément », les éloges n’étaient pas nécessaires pour Madonna. A ce moment-là, elle était une déesse. Les publicitaires, envisageant les possibilités de son couple avec Penn à l’écran, invoquèrent de manière exagérée Lombard et Montgomery, Bacall et Bogart. En réalité, Penn lui-même déclara « ce film n’a pas besoin de publicité » en virant le publicitaire Chris Nixon pendant la production. « Les gens iront le voir parce qu’on est dedans. »

Le film était « Shanghai Surprise », produit par l’ex-Beatie George Harrisson et réalisé par Jim Goddard, plus connu pour sa série télévisée « Reilly, Ace of Spies. ». Dans « Shanghai Surprise », Madonna jouait une missionnaire guindée nommée Miss Tatlock, qui écarte les cuisses pour Penn en invoquant la droiture dans la Chine d’avant la Seconde Guerre Mondiale. Penn avait raison. Le film n’avait pas besoin de publicité. Il avait besoin d’un acte de Dieu. Et il avait également tort. Les gens n’allèrent pas le voir. Les rêves de publicitaires de Lombard et Montgomery, Bacall et Bogart, laissèrent place aux réalités de l’ennui et de la gaffe. Le journal « United Press International » décrivit « Shanghai Surprise » de manière très succincte comme un « échec commercial critique »

Madonna émergea du fiasco imperturbable, prouvant une fois de plus qu’elle était indestructible. « Le réalisateur » déclara-t-elle, « n’avait juste aucune idée de ce qu’il faisait. » Le souvenir du fiasco fut écarté par les vagues de son prochain « hit », « Papa Don’t Preach. » C’était un morceau à propos d’une future mère célibataire que même Tipper Gore, fondateur du crypto-chaste Centre Parental de Ressources sur la Musique, complimenta pour « son sens de l’urgence et sa sensitivité. »

Son prochain rôle dans un film devait être dans la production TriStar de « Blind Date ». Elle retira sa participation à ce projet pendant l’été 1986, quand elle découvrit que le studio avait embauché Bruce Willis pour jouer avec elle malgré le fait qu’on lui avait promis qu’elle aurait à approuver l’acteur principal et le réalisateur. Le rôle revint à Kim Basinger. De manière similaire, une production attendue d’Evita fut abandonnée. A la place, Madonna participa cet été là à une production limitée du Lincoln Center de la pièce de David Rabe, « Goose and Tomtom ». Entre-temps, son nouvel album, « True Blue », s’épanouit comme prévu.

Elle accepta le rôle de Nikki Finn, une compositrice adorable essayant de découvrir qui l’avait piégée en la faisant accuser de meurtre, dans la production Warner de « Who’s That Girl » de Jame Foley (originellement nommée « Slammer »). Foley, qui avait réalisé deux de ses clips – « Papa don’t Preach » et la version européenne de « True Blue » – ainsi que « At Close Range », dans lequel son mari avait joué, est décrit par elle comme « un génie ».

Maintenant, une fois de plus, la journée est la sienne. Sa tournée mondiale à guichet fermé, ayant commencé en Juin dernier au Japon, « Who’s That Girl », et son dernier album l’ont revendiqué pour elle. La gloire et la fortune, avait-elle déclaré, étaient tout ce qu’elle voulait de la vie. S’il y avait des doutes les années précédentes, il n’y en a plus aujourd’hui. Madonna, à peine 28 ans ce mois d’Août et à son zénith, a exactement ce qu’elle voulait.

Les photographies accompagnant ces mots – les derniers nus de Madonna, photographies que le monde n’a encore jamais vues – sont datée d’une période récente, bien que difficile à imaginer : une période durant laquelle avoir un nom de famille était sans importance, avant qu’il n’y ait une Madonna qui avait le monde entier et tout ce qu’elle en attendait.

On dirait vraiment qu’il n’y aucun masque dans ces photographies. Voilà leur charme simple. Elles paraissent capturer le style, jeune, vorace, amoureuse et presque candide qui avait servi de moule pour le masque de charme, un parmi tant d’autres, que le monde apprendrait à connaître. Mais, bien sûr, ces photographies sont bien plus que de simples portraits d’une fille sur le point d’atteindre encore plus que tout ce dont elle avait rêvé. Elles montrent que les capacités de son sujet en tant que déesse sexuelle bourgeonnante sont bien plus qu’un simple grain de beauté bien placé et un regard baissé travaillé. Ses cheveux toujours sombres plutôt que blonds, son expression de pureté plus que de beauté du diable, son corps de danseuse toujours osseux et anguleux plutôt que voluptueux.

Dans ces photos amateur, elle était quelque chose qu’elle ne pourrait plus jamais être. La voir poser dans des bottes de cow-boy trop grandes, portant un foulard et un chapeau Lash LaRue, c’est comme apercevoir la petite fille étrange à l’intérieur de la star plus grande que la vie qui devint la prostituée vierge du monde.

Il est peu probable que le monde voie Madonna comme cela une fois de plus. « Je suis à un moment de ma carrière où toute forme de nudité serait une distraction incroyable dans n’importe quel film. » expliquait-elle récemment au magazine « American Film », aoutant « J’étais perturbée par la nudité dans ‘Blue Velvet ‘ ». De plus, « J’ai eu une éducation catholique traditionnelle. »

Aujourd’hui, Madonna est devenue une vaste industrie multimillionnaire à elle toute seule. Elle a sa propre entreprise de production, « Siren Films », qui, parmi d’autres projets, est présentement impliquée dans une adaptation pour elle du mélodrame de 1962 de la scénariste et réalisatrice française Agnes Varda, « Cléo de 5 à 7 ». Au même moment, Diane Keaton et le producteur Joe Kelly de la Fox retravaillent le classique Josef von Sternberg et Marlene Dietrich de 1930, « The Blue Angel », pour elle. Au Royaume-Uni, les productions Feldon ont construit une entreprise d’édition entière autour de son succès, proposant non seulement des livres et des magazines portant des titres comme « 101 choses que vous ne savez pas à propos de Madonna (« Elle raconte : l’amour et la romance, briser des cœurs et voler des hommes ! », « La mode et le style Madonna », ainsi que « Madonna en Citations », mais aussi le « Puzzle Casse-tête Madonna Original » et le « Kit au trésor Fantastique Madonna » (« Où ailleurs pourriez-vous obtenir un foulard soyeux Madonna, trois pins, un porte-clés translucide, deux stickers de 3 cm, et 3 cartes postales ? Où ailleurs ? »

Madonna est à l’aise avec sa célébrité, et encore plus, avec toute la mythologie attenante. Elle a même ses histoires préférées : « que j’ai un autel pour Marilyn dans ma chambre, que je crois que l’esprit d’Elvis est dans mon âme, et que j’ai perdu 6 kg en mangeant du popcorn. »

Son succès grandissant l’a-t-elle changée ? Non, selon ses neufs frères et sœurs ; comme Madonna l’explique elle-même, « J’ai toujours pensé que je devrais être traitée comme un star. » Cela a-t-il affecté sa famille ? D’une certaine manière. « Ils m’empruntent plus d’argent. » commente-t-elle.

On ne peut savoir, bien sûr, au jour où elle est dans sa plus grande gloire, ce que les prochaines saisons et années vont apporter. Dans 12 mois, elle entrera dans sa 30ème année. C’est un moment dangereux pour la déesse sexuelle. Déjà, certaines rumeurs émergent, notamment issues de son coiffeur au salon « Bumble and Bumble » de la 56ème rue Est de Manhattan – que ses cheveux commencent à tomber de manière alarmante, à cause des décolorations intenses des dernières années. D’autres parlent de trous affaissés laids, trois dans chaque lobe, qui ont commencé à s’étendre à cause du poids des bijoux tape-à-l’œil portés trop longtemps ; d’autres enfin décrivent les petites ridules au coin des lèvres et des yeux. Et la fin de son mariage divin de deux ans n’est un secret pour personne.

Mais ceux qui commentent ces questions feraient mieux de compter leurs propres cheveux tombés. Aujourd’hui, Madonna a suffisamment d’argent pour acheter tout le bonheur et tous les jeunes acteurs que son cœur ne pourrait jamais désirer. Aucune « fille matérielle » ne pourrait en vouloir plus.

Dans tous les cas, les années 1980, dira-t-on, lui ont appartenu en partie, et elle leur a fait honneur. Elle donna a toute une génération de garçons quelque chose dont ils avaient vraiment besoin, quelque chose qui leur avait manqué depuis trop longtemps – une fille de rêve irradiant le parfait mélange de péchés et de chasteté, une illusion selon laquelle les garçons dans leur jeunesse ont besoin de plus que de lait ou de « Wonder Bread ». Elle leur offrit sa chair dans un rêve – le prix valait le gain – et leur promit, à chacun d’eux, la bénédiction terrestre, la délivrance sainte, le chapelet de jeunesse qu’ils cherchaient.

« Voulez-vous m’épouser? » demanda-t-elle en suçant son doigt et en promettant ses seins et ses fesses à la caméra. « Voulez-vous m’épouser? » Et ils répondirent « Oui », des millions d’entre eux, « Oui »; et ils répondent encore.

« Cœur et âme, » dit-elle en décrivant son essence il n’y a pas longtemps. Et puis elle rit. « Avec un peu de bite de temps en temps.” Avec une attitude comme ça, elle mérite d’être là encore longtemps, renforçant le PNB et polissant la grande illusion.

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